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Marina Cavazza
Je développe une autre faculté évocatrice: la photographie. Est pour moi instrument philosophique de quête du sens. Le sens, que je ne trouve que dans une émotion esthétique. Me permet de cueillir des moments d’harmonie, la trace du sens. Quand petit à petit ça sera devenu un bouquet, je serai prête à l’offrir. Me donne le pouvoir de comprendre et dominer toute situation, simplement par mon regard. Me fait un don rare et bizarre: je peux posséder un horizon, un vieux bâtiment, un homme. Jusqu'à quand je le voudrai.
Palazzo Les arbres doivent se résigner, ils ont besoin de leurs racines; les hommes pas. La sève du sol natal ne remonte pas par nos pieds vers la tête, nos pieds ne servent qu’à marcher. Pour nous, seules importent les routes: ce sont elles qui nous convoitent de la pauvreté à la richesse ou à une autre pauvreté, de la servitude à la liberté ou à la morte violente. Elles nous promettent, elles nous portent, nous poussent, puis nous abandonnent. Alors nous crevons, comme nous étions nés, au bord d’une route que nous n’avions pas choisie. A l’opposé des arbres, les routes n’émergent pas du sol au hasard des semences. Comme nous, elles ont une origine. Origine illusoire, puisqu’une route n’a jamais de véritable commencement; avant le premier tournant, là derrière, il y avait déjà un tournant, et encore un autre. Origine insaisissable, puisqu’à chaque croisement se sont rejointes d’autres routes, qui venaient d’autres origines.*
C’est une recherche autobiographique. J'ai fait un voyage de connaissance dans un univers qui est une partie de moi, sans que je ne la connaisse complètement. Parce que l’univers où l’on grandit est quotidien et familier mais pas toujours révélé. L’histoire de la famille. Je m'en suis éloignée, je l’ai observé avec un peu de distance: l’origine. À la recherche d’une prise de conscience, j’explore ce qui m’échappe, dans des lieux magnifiques et complexes, témoins des vies qui s’y passent. Un bâtiment qui fut fondé il y a quatre siècles. Ma grand-mère, née à la fin de l’avant-dernier siècle, y vivait. Moi, je ne l’ai pas connue. De nombreux membres de la famille sont nés et ont grandi dans ces lieux, alors que d’autres y sont de passage pour une période de leur vie, comme moi. On se croise un moment et puis, on se perd. Je voyage à rebours, à la découverte d'une quotidienneté qui a créé mon monde, mais que je n'ai pas connue. J’essaie de reconstruire: sur des anciens cousins, sur des gens qui y habitent et des personnes qui sont maintenant parties ou disparues. J’en connais certains, il y en a d’autres que j’ai toujours salués en passant, et d’autres encore que je vais découvrir maintenant. Existences autonomes: mais les arcades qui entourent la cour centrale nous embrassent tous et guident les chemins, lieu obligé de rencontre quotidienne, de brefs saluts avant de passer l’unique grande porte. Elles sont à la fois protection et ouverture sur le monde.
Quelqu'un a vendu une partie du Palais, de nouveaux propriétaires sont venus s’installer. Autrefois univers protégé, il est devenu perméable à la ville. L'édifice a été subdivisé et transformé. Espaces modifiés dans le temps pour s'adapter à nouvelles exigences. De nouvelles routes se tracent. Toutefois, des salons et des fontaines sont restés inchangés au fil des siècles, tapisseries dorées soutiennent des anciens tableaux de personnages oubliés, mais peut-être quelqu'un sait-il encore ce dont’il s’agit. L’immeuble me parle inlassablement à travers les personnes qui l’habitent et leur choses, chacun m’amène sur un chemin différent. Mais, dans le silence, il me conduit à travers les traces innombrables laissées par les vies qui n’ont plus de mots. Dans les rares moments où personne ne l’habite, je cherche, et j’écoute. *Amin Maalouf, Origines, Ed. Grasset 2004
Curriculum vitae
Je suis née à Milan le 4 mai 1973. Premières études à Bologne, ensuite à Rome, où j’ai étudié la philosophie. Premières expériences professionnelles dans une maison d’édition spécialisée en livres photographiques, ensuite chez un éditeur en Espagne. Le travail dans le milieu de la photographie se poursuit en Mozambique ; à Paris je fais une brève expérience de photo editor ainsi qu’une intense expérience d’assistanat auprès d’une photographe. Aujourd’hui photographe indépendante, vivant à Bruxelles, je continue à participer, comme assistante à l’enseignement, à des workshop de photographie en Toscane en collaboration avec des photographes qui m’ont beaucoup appris. Expo-événement d’un jour à Rome, le 9 Juillet 2004: Tu dove sei ? Vingt photo d’une histoire d’amour. Galleria Minima Peliti Associati.
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